dimanche 6 janvier 2008

idées noires, journée orange




Il est minuit à Paris. Presque trois heures à Téhéran, où il neige. B. regarde tomber des flocons persans depuis la fenêtre de la cuisine de sa grand-mère, qui est morte. Il enfonce des portes ouvertes, remonte des avenues sans arbres et traverse les corridors, la suspicion encombrée et les épreuves sous-entendues que ceux qui restent font subir à ceux qui sont partis. Il dit « avant la révolution » sans souffrir. Il se souvient de certaines choses, en oublie d’autres, a des projets, m’écrit.

J’ai roulé depuis le matin entre Vannes et Paris. C’était journée orange, dixit Bison Futé. A la station essence de La Sarthe-le-Sarge, on a achèté Libé, le Journal du Dimanche et un paquet de M&M’s. Vers Angers, Géraldine a dit qu’il est bon d’accomplir des choses, même médiocres. Et Juliette prétendu qu’elle était comme un hamster qui court dans une roue en cage, appliquée à faire tourner la machine, indifférente au résultat, et sans passion. Il pleuvait sur le périph' en arrivant porte des Lilas. Et on se demandait dans quelle mesure il est légitime de mobiliser les autres au service d’une cause personnelle dont on n’est pas sûr soi-même. Géraldine et Juliette disent que les amis –dans la mesure où l’on respecte leur dignité- sont utiles dans de telles circonstances.

J’ai offert à la concierge une boîte de palais bretons décorée à l’ancienne. Pas ouvert mon courrier. Retrouvé une bouteille de Saint Emilion égarée sous l’évier. Béni le ciel de cette heureuse coïncidence. Pris une douche. Pas défait ma valise. Pensé à B. à Téhéran.

Dans quelle mesure…mobiliser les autres, pour une cause personnelle... Il y a du Saint Emilion pour ce genre d’idées, merci Seigneur. Il fait nuit noire sur le Père Lachaise. Sur la tombe de Sadegh Hedayat, et de Gustave Berton. Le cimetière est un roman où des vieillards lubriques regardent des jeunes filles sauter des ruisseaux à l’ombre de corbillards efficaces. Où je peux retrouver B., si j’en ai envie, et savoir ce que l’amitié veut dire. Et aussi l’admiration.

Dans quelle mesure…ses amis..pour une cause personnelle ? Je me demande à quoi bon chercher à accomplir des choses quand on a su ce qu’était l’amitié, et l’amour. Que faire après B., Géraldine, et les autres ? Comment ne pas être submergé par la vanité des choses?

Ehud Olmert l’a dit : c’est la main de Dieu qui a plaçé Bush et Sarkozy à la tête des deux nations désormais les plus amies d’Israël. Libé, page 6. Saint Emilion.

J’ai de moins en moins envie de travailler. De plus en plus besoin d’écrire. Un taux croissant d’indifférence. Et je n’attends rien de mes amis, que le miracle de leur présence.

( C’est une offrande qui n’a rien à voir avec la générosité, la sauvagerie de la présence. )