Il y a un type. Un bulgare. Un mec rigolo, avec des yeux chinois. Qui faisait du vélo derrière moi place Maubert. On s’est marrés comme ça tous les deux à un feu rouge. On était morts de rire. On savait pas pourquoi. C’était bien. Je crois qu’ en arrivant vers Bastille, il a compris que situer la Bulgarie sur une carte était au dessus de mes forces. Et c’est malheureux.
Le dernier cours de géographie auquel il m’a été donné d’assister était animé par un soixante-huitard qui s’était rendu compte trop tard qu’il aurait dû passer l’agreg de philo, et pas celle de géo. En tout cas, un type avec des velléités herméneutiques qui nous regardait dans le blanc des yeux pendant des heures en se demandant avec un air kabbalistique si « la géographie était une science ou une discipline ».. Ca me hante encore, comme question, même dans mes reveries les moins aléatoires..
Le bulgare, justement, il suivait des cours du côté de la Montagne sainte Geneviève. Il en était au tout début, lui, des cas de conscience dramatiques des profs de la rue Saint Jacques. Il était heureux . Super heureux, même. Il avait gagné un concours sur toute la Bulgarie, il avait été le meilleur, et il s’était retrouvé comme ça, sur un banc à Louis Le Grand. Là, ça lui avait fait un peu bizarre d’être le dernier de la classe. Mais bon. C’était les vacances, et à la rentrée il intégrait une école d’ingénieur. Même si lui, ce qui lui aurait plu, personnellement, c’était Sciences Po. Mais bon.
Moi, ce qui m’intéressait surtout dans la Bulgarie, c’était la Turquie. Mais bon.
On s’est revus à la piscine des Lilas. C’est là que j’ai compris que c’était un type grandiose, Borislav. Un type qui vous regarde debout dans le petit bain en vous lançant avec désinvolture
- C’est plithique ici, non ?
Ce qui, dans son esprit, signifie « peu profond », état pour lequel – comme il me le fit justement remarquer- le français ne dispose pas de terme approprié.
Borislav a une façon démoniaque de manier la langue. Un vrai bonheur. Par exemple, il ne dit pas « as-tu disparu », mais « disparus-tu » ? Un jour que j’ai décommandé un rendez-vous en prétextant un « contre-temps » qui m’oblige à aller voir des copains, il m’envoie un texto pour me signifier qu’aller voir des amis ne peut pas être qualifié de contre-temps puisque, selon l ‘Académie, un contre-temps est forcément facheux et donc, désobligeant y compris pour la personne qui s’y soumet, et pas seulement pour celle qui fait les frais de l’annulation impliquée par le contre-temps..
Borislav m’a ramené de Bulgarie un saucisson, un pot de sauce tomate bulgare et un livre sur la Bulgarie.
Moi, personnellement, ce qui m’intéresse beaucoup dans la Bulgarie, c’est la Turquie. Mais bon. Il est pas trop pour, Borislav, la Turquie.
Borislav, ça veut dire « Guerrier de Gloire », et ça c’est cool.
Le dernier cours de géographie auquel il m’a été donné d’assister était animé par un soixante-huitard qui s’était rendu compte trop tard qu’il aurait dû passer l’agreg de philo, et pas celle de géo. En tout cas, un type avec des velléités herméneutiques qui nous regardait dans le blanc des yeux pendant des heures en se demandant avec un air kabbalistique si « la géographie était une science ou une discipline ».. Ca me hante encore, comme question, même dans mes reveries les moins aléatoires..
Le bulgare, justement, il suivait des cours du côté de la Montagne sainte Geneviève. Il en était au tout début, lui, des cas de conscience dramatiques des profs de la rue Saint Jacques. Il était heureux . Super heureux, même. Il avait gagné un concours sur toute la Bulgarie, il avait été le meilleur, et il s’était retrouvé comme ça, sur un banc à Louis Le Grand. Là, ça lui avait fait un peu bizarre d’être le dernier de la classe. Mais bon. C’était les vacances, et à la rentrée il intégrait une école d’ingénieur. Même si lui, ce qui lui aurait plu, personnellement, c’était Sciences Po. Mais bon.
Moi, ce qui m’intéressait surtout dans la Bulgarie, c’était la Turquie. Mais bon.
On s’est revus à la piscine des Lilas. C’est là que j’ai compris que c’était un type grandiose, Borislav. Un type qui vous regarde debout dans le petit bain en vous lançant avec désinvolture
- C’est plithique ici, non ?
Ce qui, dans son esprit, signifie « peu profond », état pour lequel – comme il me le fit justement remarquer- le français ne dispose pas de terme approprié.
Borislav a une façon démoniaque de manier la langue. Un vrai bonheur. Par exemple, il ne dit pas « as-tu disparu », mais « disparus-tu » ? Un jour que j’ai décommandé un rendez-vous en prétextant un « contre-temps » qui m’oblige à aller voir des copains, il m’envoie un texto pour me signifier qu’aller voir des amis ne peut pas être qualifié de contre-temps puisque, selon l ‘Académie, un contre-temps est forcément facheux et donc, désobligeant y compris pour la personne qui s’y soumet, et pas seulement pour celle qui fait les frais de l’annulation impliquée par le contre-temps..
Borislav m’a ramené de Bulgarie un saucisson, un pot de sauce tomate bulgare et un livre sur la Bulgarie.
Moi, personnellement, ce qui m’intéresse beaucoup dans la Bulgarie, c’est la Turquie. Mais bon. Il est pas trop pour, Borislav, la Turquie.
Borislav, ça veut dire « Guerrier de Gloire », et ça c’est cool.